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  • Suisse

Exposition Jeanne Chevalier

Belles, les photographies de Jeanne Chevalier sont belles: elles procèdent de ce langage visuel attentif et soigneux qui se nourrit autant de poésie que d’image, autant du cheminement d’un récit que de la volonté d’en condenser les éléments en une image prenante. Jeanne Chevalier recherche son «matériau», les paysages, à partir desquels elle crée ses œuvres et qu'elle transforme, avec la certitude d'une photographe sûre de son but même si ses images nous font croire qu’elle se laisse guider par sa seule intuition et son émotion. Or, c’est un subtil mélange de réflexion et d’intuition qui lui fait trouver ses images. Ses précédents livres sur les paysages suisses des Franches-Montagnes et du Seeland en sont d’ailleurs la parfaite expression, et il en va de même pour son livre « Calas».

Quand une œuvre - un tableau, un morceau de musique ou une photographie, par exemple - se caractérise par sa beauté, elle nous paraît immédiatement suspecte. Ce réflexe-là, nous l’avons acquis au cours de ces longues discussions et confrontations sur le beau où nous avons appris à toujours associer « beau » à « inoffensif, insignifiant, harmonieux, décoratif, illustratif » et ainsi de suite.

Peut-être cette critique simpliste de la beauté est-elle aujourd’hui enfin dépassée. Peut-être une forme de beauté consciemment voulue est-elle à nouveau possible après toutes ces années de négation. Tout comme ce sentiment que la poésie de l'âme et de l'œil va de nouveau avoir sa chance - en particulier dans cet entre-deux, dans ces espaces libres où discourir sur les images ou poèmes ne s’impose plus mais où nous nous laissons guider par une photographe qui poursuit son chemin intérieur au fil des ans avec une tranquille assurance et une ténacité qui ne cessent de nous surprendre et de nous impressionner.

Walter Keller

Traduction : Ursula Nussbaumer

 

Jeanne Chevaliers Photos sind schön, jener liebevoll- sorgfältigen Bildsprache verpflichtet, die sich gleichermassen von der Poesie wie vom Bild nährt, vom Lauf einer Erzählung ebenso wie vom Willen zur Verdichtung der Elemente in ein spannungsreiches Bild. Jeanne Chevalier sucht sich ihr "Material", die Landschaften, aus denen sie ihr Werk schafft und die sie transformiert, mit der Bestimmtheit einer Photographin, die sich ihrer Ziele bewusst ist; auch wenn sie in ihren Bildern immer wieder den Eindruck zu erwecken vermag, nichts als Intuition und Gefühl hätten sie geleitet. Doch es ist ihre Mischung von Überlegung und Intuition, die sie ihre Bilder finden lässt. Das verhielt sich so bei ihren früheren Büchern über die Schweizer Landschaften der Freiberge im Jura und das Berner Seeland, und das verhält sich so bei ihrem Buch "Calas".

Wenn ein Werk – ein Gemälde, ein Musikstück oder eine Photographie zum Beispiel – sich durch Schönheit auszeichnet, taucht sofort Misstrauen auf. Schön, das heisst doch immer – so haben wir es in langen Konfrontationen und Diskussionen auswendig gelernt – "schön" also heisst doch stets auch "harmlos, harmonisch, dekorativ, illustrativ" und so weiter und so fort.

Vielleicht ist heute nichts so überholt wie die simple Kritik an der Schönheit. Vielleicht wird jetzt eine Form bewusster Schönheit wieder möglich sein, nach all den Jahren der Negation. Und das Gefühl, die Poesie der Seele und des Auges könnten wieder eine Chance erhalten – gerade in jenen Zwischenräumen, wo es nicht mehr wichtig ist, von Photos oder Gedichten zu sprechen, sondern wo wir uns leiten lassen von einer Photographin, die ganz einfach die Spur ihrer inneren Reise über Jahre mit einer Beharrlichkeit und Sicherheit verfolgt, die zugleich überrascht und beeindruckt.

Walter Keller